Yvan Koutzov se tenait devant l’autel de l’église du village, les yeux levés vers les vitraux. La lumière y dansait comme elle l’avait fait pendant des siècles, et il savait qu’il ne s’en lasserait jamais. Le silence était profond, presque irréel. Mais il n’était pas dupe. Il ne durerait pas. Devant lui, la statue de la Vierge Marie semblait l’observer. La main tendue, le visage grave, elle donnait l’impression de vouloir lui confier quelque chose… une mission, peut-être. Yvan soutint ce regard de pierre quelques secondes de plus.

–  Yvan ! Ici Tanguy. Condor 1 et 2 en position au sommet de la tour. À vous !

La voix crépita soudain, brisant net l’instant. Yvan cligna des yeux. Il porta la main à son ceinturon, attrapa son talkie-walkie. Tanguy, le chef des snipers était prêt. L’équipe était en place, là-haut, dans la tour de l’église d’Yvignac-la-Tour. La guerre le rattrapait déjà. Il abaissa lentement l’appareil, comme à regret. La porte grinça derrière lui. Petrouchka venait d’entrer. Son pas était lent, hésitant. Son visage fermé ne laissait aucun doute : elle savait. Ses longs cheveux roux retombaient sur ses épaules, retenus par le ruban bleu qu’elle portait le jour de leur rencontre. Yvan se tourna vers elle. À mesure qu’il s’approchait, ses traits à elle s’adoucirent. Il ne dit rien. Il l’enlaça simplement dès qu’elle fut à portée.

–  Mon Dieu, Yvan… c’est arrivé. Ils vont attaquer.

–  Oui.

Il marqua une pause, cherchant ses mots.

–  Le dôme anti-gamma a été percé. Ils seront là dans quelques heures.

Elle se détacha lentement de lui et posa ses mains sur ses épaules, comme pour s’assurer qu’il était bien réel.

–  C’est perdu d’avance… Tu le sais. Renonce. Négocie. Donne-leur l’église… peut-être qu’ils nous laisseront en vie.

Sa voix trembla sur les derniers mots. Ses yeux verts se remplirent de larmes. Yvan attrapa ses mains et les serra doucement.

–  Non.

Il soutint son regard.

–  Tu sais très bien comment ils procèdent. Ils ne négocient pas. Ils éliminent.

Un silence passa entre eux, lourd, inévitable. Puis, plus doucement :

–  On n’a pas le choix.

Il esquissa un léger sourire.

–  Mais j’ai un plan.

 

    Petrouchka ne répondit pas. Elle plongea son regard dans celui de Yvan… et comprit. Son plan. Le prisonnier. L’Arcturien enfermé sous l’église. Ses doigts se crispèrent légèrement dans les siens, mais elle ne dit rien.

 

    Yvan resta contre elle et l’accompagna jusqu’à un banc, où il l’invita à s’asseoir. Elle se laissa tomber sans résistance. Son regard était perdu. Éteint. Yvan sentit une douleur sourde lui serrer la poitrine. Il aurait voulu lui promettre que tout irait bien. Mais même ça, il n’en était plus capable. Ils avaient pourtant fini par trouver leur place ici. Après la guerre. Après l’exil. La France, ce village breton, cette église… c’était devenu leur refuge. Leur vie. Et maintenant… Il balaya l’idée. Personne n’aurait pu prévoir ça. Personne.

 

    Les Arcturiens entrèrent en contact avec la Terre en 2053. Ils parlaient de paix. D’amour. Au début, les humains y crurent. Beaucoup voyaient en eux leurs sauveurs. La réponse à toutes leurs prières. Partout sur le globe, les Arcturiens s’installèrent. Ils partageaient leur technologie. Ils nous ressemblaient presque. Presque, c’est le mot. Leurs bouches, six tentacules ondulants, trahissaient leur étrangeté. Peu à peu, ils parlèrent de Xunku. Le créateur de l’univers. Leur dieu. Selon le prophète d’Arcturus, Xunku avait besoin de foi. Toujours plus de fidèles. Sans elle, il ne pouvait étendre l’univers. Les Arcturiens obéirent. D’abord eux-mêmes. Puis les autres. Les civilisations furent observées. Étudiées. Puis converties, de gré ou de force. Et bientôt, la course vers l’hyper-espace commença.

 

    Plusieurs peuples furent convertis de gré ou de force au Xunkunisme, notamment des peuplades primitives comme les Azoriens et les Glaxiniens, encore à l’âge préhistorique de leur évolution. Les convaincre fut relativement aisé. Les Arcturiens plaçaient simplement des monolithes aux propriétés télékinétiques aux quatre coins des planètes pour imposer leur foi.

 

    La tâche fut bien plus compliquée avec des peuples avancés. Les missionnaires d’Arcturus tentèrent de répandre leur message sur Zorg, la planète des Zorguiens, peu réceptifs à la propagande et concentrés uniquement sur leur faune. L’armée d’Arcturus dut alors intervenir. Cinq années de guerre spatiale éclatèrent. Un tiers des forces d’Arcturus et de Zorg fut détruit, et la campagne se termina par un cessez-le-feu, un échec cuisant pour les Arcturiens.

 

    Depuis cette guerre, la politique de conversion changea : seuls les peuples n’ayant pas encore percé le secret des voyages interstellaires étaient visés, afin d’éviter des pertes inutiles. La Terre fut la prochaine.

 

    Etonnamment, ce sont les pays musulmans qui furent les plus réceptifs à la bonne parole des premiers missionnaires d’Arcturus. Comme de fins politiciens, ces derniers établirent un lien entre Allah et Xunku. Ils affirmèrent qu’Allah était l’un des frères de Xunku, l’aidant à maintenir et étendre l’univers. Un mensonge. Mais efficace. Rapidement, toutes les mosquées furent transformées en temples de Xunku. Un grand X trônait à chaque entrée. L’intérieur fut remodelé à la gloire de ce nouveau dieu. Et cela se fit sans conflit majeur. Les Hindous et les Bouddhistes furent aussi faciles à convaincre. Leur religion, extravagante par nature, accepta sans résistance l’arrivée d’un Dieu extraterrestre.

 

    Les peuples hébreux et chrétiens posèrent problème aux Arcturiens. L’Europe était sous domination de Poutine II. Le continent américain et le Groenland étaient sous l’égide de Donald Trump, qui continuait d’exercer son mandat en état de demi-vie. Aucun d’eux ne crut un mot des messages de Xunku. Rapidement, le dieu extraterrestre fut taxé de charlatan.

 

    L’invasion Arcturienne, pourtant pacifiste au départ, ranima les sentiments identitaires dans le monde occidental. Les Arcturiens durent entrer en guerre contre l’Amérique et l’Europe. Chaque église fut conquise, une à une. Les affrontements furent sanglants. Les humains payèrent cher face à la technologie supérieure des extraterrestres.

 

    La vulnérabilité des Arcturiens face aux rayons anti-gamma ne fut découverte que tardivement. Quelques églises purent se procurer ces boucliers et ralentir l’avancée ennemie. L’église d’Yvignac-la-Tour fut la dernière à bénéficier de cette technologie. Sa tour imposante permit au bouclier de s’étendre bien plus loin que les autres. Pendant plusieurs jours, le dernier bastion humain tint bon. Mais l’avance des troupes Arcturiennes était inévitable. Leurs nouveaux chars antigravité, adaptés à la gravité terrestre, balayaient tout sur leur passage. Les derniers instants de la résistance semblaient approcher à grands pas.

 

    Yvan invita sa femme à se diriger vers le confessionnal. C’était là que gisaient les gilets pare-balles et les Kalachnikov. Il jugeait inutile qu’elle se cache. Les extraterrestres ne faisaient pas de quartier. Surtout pas avec ceux qui avaient déjà repoussé plusieurs assauts. Surtout pas avec ceux qui avaient osé planter les têtes des vaincus tout autour de l’église.

 

    Yvan se dirigea ensuite vers la porte de l’aile droite. Elle donnait sur l’extérieur, sur le monument des Yvignacais tombés pour la patrie. Avant même qu’il n’ouvre la porte, une voix mécanique retentit : « 5 cents pour la paroisse, s’il vous plaît. » La voix venait de la petite fente pour glisser une pièce. Yvan fit semblant de ne rien entendre. La porte insista : « Je vous poursuivrai en justice. » Yvan pensa : « Je n’ai jamais été poursuivi par une porte. Je ne pense pas que j’en mourrai. »

 

    Il sortit. Sa mission : superviser l’équipe. Les mines anti-char étaient en place. Tous les habitants d’Yvignac-la-Tour capables de porter une arme avaient été équipés. Personne ne voulait voir son église tomber aux mains des Arcturiens. Même Georgette, 91 ans, la doyenne du village, s’était armée d’un Glock 17. Elle n’avait jamais déménagé de sa vie. Aujourd’hui, elle défendrait son église.

 

    Yvan rassembla les habitants sur la place de l’église. Perché près du monument aux morts, il leva la voix.

« Soldats.
Les Arcturiens sont à nos portes.
Yvignac-la-Tour est le dernier souffle libre de l’humanité.
S’ils prennent ce sol… tout est perdu.

Mais nous ne fuirons pas.
Nous ne plierons pas.
Nous sommes les derniers.
Et nous sommes les plus déterminés.

Ils ont la puissance.
Nous avons la rage.
Ils viennent pour dominer.
Nous nous battrons pour vivre.

Aujourd’hui, nous ne défendons pas un village.
Nous défendons notre église.
Nous défendons notre humanité.

Debout !
Frères et sœurs.
Montrez-leur ce que signifie résister.

Pour Yvignac.
Pour la Terre. »

 

    Les hostilités commencèrent aussitôt. Un obus explosa à cent mètres du rassemblement. La terre volait partout. Certains soldats furent touchés par des mottes de boue. La stupeur traversa leurs visages, mais ils ne paniquèrent pas. Les snipers sur la tour de l’église ouvrirent le feu. Les soldats sur la place prirent leurs positions. Au loin, les premiers Arcturiens apparurent. La première salve faucha quelques-uns. Leur sang vert coula dans les rues d’Yvignac-la-Tour. Il ne sécha jamais. Il s’étendit sur des dizaines de mètres, brillant sous le soleil.

 

    Drok’Tal, commandant Arcturien, scrutait la place avec ses jumelles. Le premier assaut. Des pertes minimes. Rien d’alarmant. Les humains tombaient. Les drones antigravité ouvraient le feu. Mitraillettes ioniques. Cris et fumée. Les chars pilonnaient les bâtiments. Moral en chute libre chez les résistants. Quelques-uns fuyaient déjà. Deux snipers abattus. L’un d’eux chuta… et finit empalé sur le monument aux morts. Sang vert sur la pierre. Drok’Tal sentit ses tentacules vibrer d’excitation. Tout allait comme prévu. Puis, à travers ses jumelles… Yvan Koutzov.

    Il brandissait un drapeau. Pas un drapeau ordinaire. Un drapeau blanc. Un X noir. Surmonté d’un tilde (~).Le symbole du droit aux pourparlers.

 

    Drok’Tal entra dans une colère noire.
–  Salaud ! Il connaît le droit de pourparlers ! Comment est-ce possible ?

Son lieutenant, Mav’Kot, s’inclina légèrement.
–  Très possible, mon seigneur. Yvan Koutzov a peut-être mis la main sur un cardinal disparu… il y a dix jours terrestres.

Drok’Tal fulminait.
–  Et s’il possède aussi un exemplaire des saintes écritures de Xunku ?

–  Risque faible, mon seigneur. Même s’il en a un, notre langue est intraduisible. Cela ne changera rien. Faites-moi confiance.

Drok’Tal serra les mâchoires.
–  J’espère pour vous, Mav’Kot. Faites cesser le combat. Il faudra parlementer avec ce barbare puant de Terrien. Et faites venir mon traducteur.

 

    Drok’Tal et son traducteur Jol’Grok restèrent bouche bée. L’église d’Yvignac-la-Tour les subjuguait.
La tour s’élevait vers le ciel, parfaite, presque attirée par les astres. Les vitraux racontant les exploits des Templiers les firent frissonner. Ils pouvaient presque sentir la gloire passée de cette terre de guerriers. Yvan Koutzov les attendait à l’entrée. Le porche, soutenu par quatre piliers gothiques, était taillé dans la roche avec une précision parfaite. Il les invita à le suivre à l’intérieur. Le temps des négociations venait de commencer.

 

    Il adressa à Koutzov ses salutations, comme le veut le protocole Arcturien. Koutzov restait détendu. Les tentacules de ses deux invités lui inspiraient un profond dégoût. Il le masqua, comme toujours.

–  Que ça soit clair, Koutzov, commença Drok’Tal. (Jol’Grok traduisit immédiatement.) Je suis ici par respect pour nos protocoles. La guerre est perdue pour la Terre. Vous tentez juste de gagner du temps. Rien d’autre.

Koutzov regarda Jol’Grok, attendit la traduction, fit un signe de tête. Puis il répondit.

–  Drok’Tal, je vous connais de réputation. Je vous imaginais… plus grand.
Il fixa le commandant dans le blanc des yeux. Le dégoût caché dans son regard ne passait pas.
–  Vous êtes en tout cas moins impressionnant que le cardinal que nous avons arrêté cette semaine.

Jol’Grok pâlit. Annoncer cette nouvelle à son patron le paralysa quelques instants. Drok’Tal resta figé. Ses tentacules ondulaient nerveusement.

–  Je suppose que vous voulez qu’on épargne votre village… en échange de notre cardinal ?

–  Exact. Mais à une condition.

–  Laquelle ? demanda Drok’Tal, visiblement agacé.

–  Sa libération doit être filmée par Galaxy TV.

Le commandant Arcturien resta silencieux. Déconcerté.

–  C’est tout ?
–  Oui. Et… nous voulons que vous nous épargniez.

–  Vous savez bien que cette église nous reviendra.
–  J’en ai conscience, commandant.

Drok’Tal fronça ses tentacules. Le calme de ce Terrien le troublait. Il devait creuser.

–  Et si nous refusons que ce soit filmé ?
–  Alors le cardinal sera exécuté.

–  Nous en avons d’autres, répliqua Drok’Tal.

– Lui, il portait vos saintes écritures.

 

    Le traducteur fut choqué. Il prit quelques instants avant de traduire la révélation. Drok’Tal, lui, ne sembla pas perturbé.

–  Vous ne pouvez pas traduire notre œuvre, de toute façon. Nous allons prendre congé. J’accepte que la libération du cardinal soit filmée par Galaxy TV. Je vous déconseille de faire l’idiot. Si Xunku cesse d’étendre l’univers, les conséquences pourraient être dramatiques. Pour nous tous.

– L’univers rétrécira… et après ? demanda Koutzov.

– L’espace et le temps sont liés. Nos saintes écritures nous mettent en garde.

– Curieux. Vous êtes la race la plus puissante de l’univers et vous vous fiez à ce fichu texte… pour certaines lois de la science.

– Cessez de me provoquer. Je vous explique juste que nos destins sont liés.
– Rendez‑vous devant l’église dans deux heures.
– Partons, Jol’Grok.

 

    Yvan Koutzov vit les deux extraterrestres se diriger vers la sortie. La porte s’adressa à eux : « 5 cents pour la paroisse s’il vous plait ». Ils passèrent sans y prêter attention. « Vous ne l’emporterez pas au paradis », ajouta la porte. Et elle se ferma juste après leur départ comme poussée par un courant d’air.

 

    Petrouchka s’approcha de lui. Yvan était assis face à l’autel, murmurant une prière.

–  Tu es sûr de toi, Yvan ? demanda-t-elle, la voix tremblante.

–  Chérie, nous n’avons pas le choix. C’est notre seule chance.

Elle baissa les yeux.
–  Je comprends… mais j’ai du mal à imaginer ce qui nous attend.

Yvan posa une main sur la sienne.
–  Au moins, nous aurons un futur, murmura-t-il avec un léger sourire.
–  Et nous pourrons revivre nos meilleurs moments.

Il se pencha et l’embrassa, passionnément.

 

    Drok’Tal rumina l’échange avec Koutzov. Chaque mot, chaque geste, tournait dans sa tête.

La caméra ultra-miniaturisée cachée dans sa veste avait tout filmé. Rien n’échapperait à son regard.

Il appela son meilleur consultant.
–  Analyse chaque image. Je veux que mes doutes disparaissent.

 

    Les techniciens de Galaxy TV étaient prêts. Les caméras encerclaient l’église. Du haut de la tour, Yvan observait. Bientôt, Yvignac-la-Tour serait au centre de l’univers. La porte de l’église s’ouvrit. Instantanément, toutes les caméras se mirent en marche. Le direct commença. Des journalistes de plusieurs races extraterrestres se tenaient devant chaque objectif. Le cardinal apparut. Épuisé. Amaigri. Mais portant fièrement sa soutane rouge et or. Le X de Xunku brillait sur sa poitrine.

 

    Au même moment, Drok’Tal reçut un appel de son consultant.

–  Commandant Drok’Tal ! J’ai analysé les images, comme vous l’avez demandé.
–  Très bien. Qu’avez‑vous découvert ?
–  D’après nos analyses comportementales… Yvan Koutzov comprend parfaitement notre langue.

Drok’Tal resta figé.
–  Impossible ! s’exclama-t-il, agacé.

–  Regardez… Il ne fixe jamais votre traducteur après que vous parlez. Comme s’il savait déjà tout.
–  Le temps que le traducteur parle… il a déjà réfléchi à sa réponse.

–  Mais comment aurait-il pu apprendre notre langue ? Aucun Terrien n’y est jamais parvenu…
–  Ce Terrien est peut-être un ancien militaire.

–  D’après nos renseignements, il a travaillé pour les services secrets russes lors de l’invasion de l’Europe par le clone de Poutine.
–  Et alors ?
–  Avez‑vous vérifié s’il a travaillé sur la traduction de documents secrets étrangers ?
– Je ne sais pas… Il a seulement dit qu’il possédait un exemplaire de nos saintes écritures, récupéré après la capture de notre cardinal.

Un silence pesant s’installa.

–  Commandant Drok’Tal ! Coupez toutes les caméras. Immédiatement !

 

    Le cardinal Arcturien commanda de descendre les marches. Son visage se détendit à chaque pas.

–  Voici la dernière église ! déclara-t-il devant les caméras.

Mais il n’eut pas le temps de savourer son triomphe. L’église d’Yvignac-la-Tour explosa en direct. Les pierres, vieilles de plusieurs siècles, furent projetées dans toutes les directions. Les vitraux, témoins des exploits des templiers, éclatèrent en milliers de fragments. Le verre tranchant blessa journalistes et témoins. La tour, majestueuse, qui semblait toucher le ciel, bascula sur le côté. Elle s’écrasa au sol dans un fracas qui fit trembler toute la place.

 

    Les images firent le tour de l’univers. Un cardinal Xunkien sortant d’une église explosant terrifia les téléspectateurs. Ils virent leurs conquérants se transformer en destructeurs des lieux de culte qu’ils avaient conquis. Sur le net universel, des théories fleurirent. Xunku fut présenté comme un monstre, capricieux et cruel, réclamant la destruction des temples pour combler son ennui. La foi vacilla. Rapidement. Partout, des peuples se rebellèrent. Ils voulaient reprendre leurs lieux de culte. Les forces arcturiennes étaient trop peu nombreuses pour réprimer toutes ces révoltes à la fois. L’univers tout entier se mit à trembler.

 

    Quelques jours après l’explosion, un évènement incroyable se produisit. Les pierres de l’église d’Yvignac-la-Tour se déplacèrent seules. Elles retournèrent à leur place initiale, pièce par pièce. Les débris des vitraux se rassemblèrent. Les fresques resplendirent à nouveau, intactes. La tour de l’église se redressa, majestueuse. Chaque atome du corps explosé du cardinal se recomposa. Les journalistes et témoins tombés ce jour-là retrouvèrent eux aussi la vie. Le cardinal marcha en arrière sur les marches de l’entrée. Puis il prononça ces mots: « Esilgé erèinred al iciov ! ».

 

FIN